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The AnthroGlobe Journal

An initiative to broaden international electronic communication in Anthropology

 

CONFERENCE PRONONCEE A L’OCCASION DE CELEBRATION DE LA JOURNEE MONDIALE DU LIVRE ET DU DROIT D’AUTEUR A ABIDJAN
ABIDJAN-COTE D’IVOIRE, LE 23 AVRIL 2004

Theme: Art, culture et civilisation négro-africaines : du principe de l’usage du livre comme outil de méta-communication

© Urbain Amoa

Ecole Normale Supérieure- Abidjan

First Posted: 20 November 2005

Quel paradoxe que de postuler que le livre peut être un outil au service du méta-discours dans un univers où le livre est une denrée sinon existante, du moins rare ? Plus paradoxale encore est l’idée que le livre peut servir de support à un discours sinon ésotérique du moins absent (discours muet) dans un univers où il faut parvenir à voyager par delà les mots et les pratiques – mais en puisant dans ces mots et les phrases (mise en abîme) pour entendre le discours des émetteurs et des récepteurs imaginaires que sont les ancêtres. Quelle aventure intellectuelle qu’est celle qui consisterait dans l’idée que l’objet - livre, objet matériel matérialisé depuis 1455 avec l’impression d’une bible par Gutenberg, peut être un vecteur de transmission de connaissance voire de méta-connaissance ? Lire… mais quoi qui ne se puisse se toucher dans un univers où en un court instant le réel se métamorphose en art, lui-même vêtu presque immédiatement de spiritualité donc de supra- langage, domaine privilégié de la supra-communication ? Qu’est-ce à dire ? Rien, sinon que la pratique négro-africaine de la communication fait nécessairement appel à un discours sur le discours qui peut être entendu, suggéré créé ou dicté par les ancêtres dont selon Birago Diop, la présence même abstraite est manifeste en chaque chose et en chaque être. Et puis comment, en fait, ne pas admettre de postuler que la zone de naissance du livre, zone d’invention et de création par excellence, ainsi qu’il est énoncé dans la rhétorique aristotélicienne, est bel et bien – et n’est d’ailleurs – que l’univers de la méta – ou de la supra-communication, en ceci que le discours qui vient en expliquer un autre, met nécessairement en position de dénivellement l’un et l’autre. Comment comprendre donc que l’art, la culture et la civilisation, manifestations de l’ontologie négro-africaine peuvent être portés physiquement alors même qu’ils sont à la fois ce qu’ils sont (objet matériel) et autres choses que ce qu’ils sont, c’est-à-dire des objets animés (porteurs d’âmes) et qui parlent un langage auquel l’on ne peut accéder que par un langage de langage qui ne peut être compris que par des maîtres de la parole (les griots) et les initiés. Plus paradoxale encore est l’aventure qui devait conduire à l’usage de l’objet-livre comme un canal d’accès à la supra-communication. Autrement dit, comment au moment même où nous nous prédisposons à produire le cahier d’un autre retour au pays natal, nous pourrons nous servir de l'’objet-livre qui, lui-même offre une lecture plurielle, pour produire et transmettre le langage de langage des us et coutumes, des rites et rituels, pratiques elles-mêmes toujours chargées d’articité ou/et de spiritualité à laquelle le non initié ne peut accéder. A nouveau nous y sommes : le voyage au cœur de la méta-communication est périlleux, qui ne peut se réaliser que sur un socle culturel solide à l’usage du plus grand nombre possible de locuteurs.

 

I/ Expression artistique et politique de développement : une illusions perdue ?

Les valeurs traditionnelles ou culturelles, c’est l’ensemble des richesses et du patrimoine acquis au fil des ans par un peuple en vue de l’aider à se développer et à prospérer et ce, de façon harmonieuse : c’est ce qui fait la spécificité de ce peuple. C’est donc aussi bien les us et coutumes, les arts, les cultes et les rituels dans ce qu’il y a de noble en ces pratiques au regard du respect et de la valorisation de la personne humaine. Ainsi peut-il être admis que l’unité de mesure de ces valeurs soit le village, socle de l’expression culturelle d’un peuple.

Or « la culture offrir , au moins deux angles de lecture : l’une psychologique, faisant référence à l’individu, l’autre sociologique se fondant sur la société ». De plus  la survivance de la culture suppose deux conditions : l’existence d’une société (population, groupes ethniques, classes sociales, groupes professionnels) à un moment donné de l'histoire;  la présence d’un milieu physique qui sert de substrat, de cadre à la société et d’objet à son travail ».

L’action de la culture sur la cité est donc possible par le fait que celle-ci prend en compte aussi bien la manière d’être que l’action de l’homme sur la société et de la société sur l’homme.

En ce sens et sans doute aussi pour mieux appréhender sa mission, le Ministère des Affaires Culturelles, en 1980 entreprend d’extraire des discours du Président Houphouët – BOIGNY de 1959 à 1980, l’essentiel des Propos sur la Culture. Des nombreuses professions de foi d’Houphouët BOIGNY sur cette question, l’on peut retenir trois points essentiels.

Premièrement  : nul ne peut être qui ne se puisse sentir lié, attaché à ses origines, à sa terre, à son village (enracinement) :

« Je plains l’enfant déraciné dès son plus jeune âge qui ne connaîtra jamais la joie douce-amère de venir se retremper dans sa petite patrie, d’y retrouver des ombres chères et d’y ressentir mieux qu’ailleurs le grand courant qui nous porte comme il a porté nos ancêtres, vers un avenir dont chacun est responsable dans sa modeste part, de même qu’il s ‘est trouvé dès sa naissance dépositaire d’un acquis immémorial qu’il lui appartient de retransmettre enrichi » (Propos sur la culture, p. 9)

Deuxièmement  : nul ne peut être qui ne se puisse satisfaire richesses matérielles (économie) :

« Notre développement est un tout qui ne peut se satisfaire des seuls chiffres et graphiques de production. L’économie ne pouvant être la seule mesure de l’homme, il est donc indispensable de donner maintenant une dimension nouvelle à notre développement, en y intégrant, à part beaucoup plus entière, la culture. » ( Propos sur la culture,Propos sur la culture, p.13)

Troisièmement :nul ne peut être qui ne se puisse que se contenter que de ses valeurs et richesses :

« Nous voulons une Côte d’Ivoire moderne, nous nous voulons du XXème siècle… Mais nous voulons également qu’au delà des apparences d’un pays moderne, notre Côte d’Ivoire connaisse, en profondeur une sorte de développement adapté à la nature de ses hommes et de ses choses, qui transforme son visage sans altérer son âme. Nous voulons aller de l’avant, certes, mais sans pour autant renier notre passé, sans tourner le dos à celles de nos formes de civilisation qui constituent notre originalité et dont le monde a grand besoin, nous le savons » ( Propos sur la culture, p.15)

Tel se trouve planté le décor de la Côte d’Ivoire culturelle à l’intérieur de laquelle l’acteur principal des origines aura évolué ainsi que le rappelle Léopold Sédar SENGHOR, symbole de l’intelligentsia culturelle d’une certaine Afrique lorsqu’il se rappelle, dans Comme les lamantins vont boire à la Source , la puissance culturelle de l’accueil que Houphuët-Boigny lui a réservé à Yamoussoukro.

« Je me rappelle la réception dont m’honora, à Yamoussoukro, mon ami Houphouët BOIGNY. Parée, en ordre de cérémonie, toute la noblesse baoulé. De longs colliers d’or et des plaques larges comme la main ; des chasse-mouches recouvertes de feuilles d’or ; surtout des diadèmes où l’or sculptait éléphant, araignée et corne d’abondance. Cet ordre, ces regalia me parlaient un langage parfaitement clair » (L.S SENGHOR, Ethiopiques in Poèmes, p.157).

Et tout est dit. Dans les civilisations négro-africaines tout est en tout et tout se transforme très vite. Ainsi l’art du griot (la griotique) qui, en apparence est un simple discours donc une pratique scientifique qui peut se soumettre aux canons du schéma jackobsonien de la communication, se métamorphose pour être transfiguré ainsi que le rappelle Djibril Tamsir Niane dans Soundjata ou l’épopée mandingue dans le passage suivant :

« L’Art de parler n’a pas de secret pour nous ; sans nous les noms tomberaient dans l’oubli, nous sommes la mémoire des hommes ; par la parole nous donnons vie aux faits et gestes des rois devant les jeunes générations » (D.T. NIANE, Soundjata ou l’épopée mandingue, p.9)

sur ce point, nous pouvons conclure que le griot, mais sans doute aussi le livre, est (ou n’est que) un savant au service des rois et des chefs, garants de nos valeurs et civilisations. Relire la griotique de Niangoran Porquet, c’est donc inévitablement rappeler le contour initial qui présente quatre aspects (philosophique, historique, économique, littéraire), mais c’est aussi entreprendre de théoriser sur un cinquième aspect qui paraît évident : la dimension spirituelle. Il en irait ici d’une nuit de conte au cours de laquelle la parole forte se vêtirait d’une puissance spirituelle si forte qu’inévitablement celle-ci se mettrait, à travers la personne qui la porte, au service des puissances invisibles : les génies, eux-mêmes canaux de transmission des discours et des méta - discours de l’Etre suprême détenteur de la puissance créatrice (l’invention chez Aristote). On comprend mieux alors Léopold Sédar SENGHOR pour qui :

« Le mot est plus qu’image, il est image analogique sans même le secours de la métaphore ou de la comparaison. Il suffit de nommer la chose pour qu’apparaisse le sens sous le signe. Car tout est signe et sens en même temps pour les Négro-Africains : chaque être, chaque chose, mais aussi la matière, la forme, la couleur du pagne, la forme de la kora, le dessin des sandales de la mariée, les pas et les gestes du danseur, et le masque, que sais-je ? » (Ethiopiques, in Poèmes, p.157) 

Le mot ici échappe à sa mission première : il se vêt de charges spirituelles et il incite à la transe, à la communion avec des êtres invisibles, avec l’au-delà. Le mot négro-africain devient alors un fétiche. Dès lors le lire n’en permettra pas la compréhension. Il faut le sentir parce que poétique et parce que devenu mot poétique, il devient un objet sacré donc un microcosme ainsi que l’énonce Jean Paul Sartre dans  Qu’est- ce que la littérature ?

Qu’est-ce donc la civilisation si ce n’est l’ensemble des manifestations et pratiques culturelles, mais aussi l’ensemble des valeurs intellectuelles, philosophiques ou spirituelles, visibles et invisibles, subjectives ou objectives qui donnent à un peuple un esprit et une âme qui se manifeste à travers le manger (culinaire), le parler (l’art oratoire), le faire (l’artisanat, la musique, le chant, la danse) et l’Etre en tant que manière de penser. Si donc la civilisation se définit en ces termes, n’est-ce pas le lieu d’avouer l’impuissance du livre et l’impossibilité pour le Négro-africain de déléguer toutes ces compétences au livre qui, avant tout, ne peut demeurer qu’un témoin silencieux ? Que dire alors si ce n’est que ce témoin silencieux, voire muet ne peut être utile dans nos projets d’éducation que s’il devient ou s’il se met au service de notre pratique qui elle, est vivante ? Ce n’est alors qu’un médium qui, pour survivre doit se mettre au service de nos civilisations afin d’en assurer un prolongement dynamique et programmé en ne s’offrant pas le luxe de s’imaginer pouvoir mettre tous les savoirs au service de tous et à tout âge.

 

II/ Expression artistique et spiritualité : quelles pratiques ?

L’histoire de la recherche en communication nous enseigne que bien communiquer pour JE (émetteur), c’est choisir un bon canal pour transmettre à TU (récepteur) un message dont on doit vérifier la réceptivité en contrôlant de façon rigoureuse le feed-back et ce, dans un environnement ou à partir d’un œil extérieur (référent situationnel ou contextuel). Il en irait ainsi de toute pratique de communication et c’est ce en quoi nous avons tous cru, jusqu’à ce que nous entreprenions de construire autrement le schéma de communication .

 

Schéma "A.U"de Communication et de méta- communication en Afrique

 

 

 

Dans nombre de civilisations négro-africaines, la parole est perçue comme une richesse dont la gestion est extrêmement lourde parce que susceptible, en tout lieu, d’échapper à son porteur. Ainsi chez ces peuples, le porteur de parole n’est pas forcément celui qui produit l’idée, laquelle n’est jamais définitive parce que partagée, revue et corrigée plusieurs fois, même au moment de la transmission. Ainsi compris, le discours premier (ou le substrat de ce discours) n’apparaît alors que comme une base, (noyau du discours) elle-même sujette à des modifications et à des transformations pouvant aller jusqu’à des métaphores filées et à des hyperboles, donnant ainsi au discours une puissance artistique (articité) très marquée parce que poétiquement colorée (littérarité). Parvenue à ce niveau du parcours, la littérarité du texte apparaît suffisante pour à la fois, en comprendre les non-dits et en suggérer l’interprétation. Le schéma Jackobsonnien ne peut aller au delà de cette étape de lecture. Et c’est ici que naît la nécessité de traduire l’idée selon laquelle pour Senghor, tout pour nous est signe et sens en même temps et bien plus, que « tout est signe, sens (et transe) en même temps » car ici l’on évolue dans un univers visible et invisible par le fait de la présence des ancêtres et des êtres invisibles que la présence de l’autorité supérieure convoque implicitement ou explicitement. Le porteur du discours n’est alors qu’un médium qui, par l’usage savant d’un langage donné transmet à un récepteur apparent, un discours qu’il se chargera à son tour de re- construire artistiquement pour la bonne écoute du récepteur réel et des récepteurs invisibles que sont les ancêtres ou les génies eux-mêmes, perçus dans cet univers comme les bons et mauvais messagers de Dieu Tout Puissant. La mise en abîme du message originel a donc pour objet de construire sur le discours un discours adapté et approprié qui offre des indices de compréhension au noyau du discours: c’est le cinquième principe de la théorie de l’élégance langagière,principe de la divinisation du Pouvoir qui postule que :

‘‘Dieu’’ sur terre parce que porte parole privilégié de Dieu, des dieux et des ancêtres, le Roi détient tous les pouvoirs. Son pouvoir est sacré autant que l’est sa parole et il en connaît le poids et l’effet. Le peuple aussi. Sa puissance varie selon les circonstances. Aussi est-ce pour en réduire l’usage que le porte-parole, le porte- canne, étudie sa psychologie et ses méthodes de travail, de façon à épouser totalement ses dires, ses réflexes et réactions » (Actes du Colloques sur Royautés, Chefferies traditionnelles et nouvelles Gouvernances, p. 53)

Lors des cérémonies funéraires, la prise de parole suppose à la fois une bonne maîtrise de la langue et une connaissance parfaite du rituel ou des dispositions à prendre. Celles-ci sont aussi bien d’ordre psychologique (pleurs, consolations…) que communicationnel (salutations d’usage, échanges de boisson, rituel de nouvelles…). En effet puisque lourdes peuvent être les conséquences de la mauvaise gestion de la parole par le chef, en général ou lors des grandes célébrations, seuls sont autorisés à prendre la parole ceux qui, pour l’objet ou la circonstance auront été désignés par la Cour. C’est ici que naît l’aventure du langage de langage (le méta-langage), c’est-à-dire un discours sur le discours, un méta-discours qui facilite l’accès à un premier discours qui peut partir d’un simple regard ou d’un soupir, à un texte construit en spirale qui s’enrichit à travers plusieurs séances de concertation préalables et ce, dans le dessein de ne servir au Récepteur réel, qu’un message construit par consensus. Il est donc dans ce cas,  au moins trois niveaux de construction : le niveau de la création (intervention des ancêtres et des dieux ou l’univers du merveilleux), le niveau réel (le vrai message) et le niveau apparent qui offre de n’avoir accès qu’à un message- test qui sera revu et corrigé par le récepteur apparent que le professeur Bernard Zadi Zaourou appelle « agent rythmique ». Cette démarche est donc analogue à celle que l’on suit jusqu’à un certain niveau lorsqu’il s’agit d’interroger le non-dit du texte soit par la psychanalyse du texte soit à travers une étude stylistique.

 

III/ Le livre : un projet de médium au service de la rhétorique africaine

Au terme d’une étude que nous avons réalisée du 1 er au 22 décembre 1990 pour le compte du Bureau Régional de l’Agence de la Francophonie (ACCT) au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Togo, nous écrivons :

«Ecrire un livre pour enfants

Ne suffit pas

Il faut enrichir les propos

De très belles illustrations

Faire de belles illustrations

Ne suffit pas

Il faut pouvoir diffuser son livre dans les librairies

Mais diffuser son livre

Ne suffit pas

Il faut que le lecteur potentiel l’achète

Or le livre coûte cher

Donc il faut créer des Bibliothèques

Mais créer des bibliothèques

Ne suffit pas

Il faut que celles-ci soient bien tenues et fréquentées

DONC

Il faut inciter à la lecture

Et amener les enfants à découvrir

Que LIRE est un plaisir »(1) 

 

Arrêtons-nous donc sur le livre pour enfants, parce que point de départ de tout projet d’éducation. A cette époque déjà, des efforts sont faits par les Editions NEAS – BINEAS et CEDA. Dans les librairies par contre les données changent. A la librairie aux Quatre-vents  de Dakar, la littérature africaine pour enfants ne représente que 50% des volumes. A la librairie Clairafrique la littérature pour enfants ne représente que le 1/10 ème du contenu. Sur les 5% que représente cette littérature à la librairie Carrefour d’Abidjan, le taux de présence de la littérature africaine pour enfants est de 1,5% contre 10% de littérature de jeunesse à la Librairie de France d’Abidjan et 0% de littérature africaine pour enfants sur les 10% de littérature de jeunesse à la librairie Bon Pasteur de Lomé. A cette même époque, sur les 50 000 livres de littéraire générale à la Bibliothèque Nationale de Côte d’Ivoire, l’on compte 3 414 livres de jeunesse dont 700 livres de littérature africaine.

Quant à la Bibliothèque Municipale de Port- Bouët qui contient 3526 volumes, le nombre de lecteurs est de 120 par mois. Les problèmes posés par la distribution et la diffusion, , n’ont encore pu être résolus. A la radiodiffusion Nationale du Sénégal en 1990, il n’y a qu’une seule émission pour enfants et aucune rubrique n’est réservée à la promotion du livre. Ce même constat est fait dans les deux autres pays. Aussi avons-nous recommandé la tenue d’un colloque au Bénin sur le thème : L’enfant et le livre, deux amis pour une Afrique nouvelle en février 1992. Ce colloque tenu à la faveur de la première réunion du Jury international de littérature africaine pour enfants a permis d’offrir au monde des enfants trois livres pour enfants :

  • Un devoir de rédaction (récit) de Mahamadou Sintédia Diakité au Mali
  • J’ai deviné (poésie) de Fatou N’Diaye sow du Sénégal
  • La petite chèvre vaniteuse de Gbonfou Akouavi Ernestine du Togo

A la sixième édition qui, du 22 au 27 septembre 1997, a réuni le jury international à Lomé (Togo) il a été fait le point suivant au niveau du taux de participation :

Pays

Nombre de participation

Pourcentage

Prix décernés

pourcentage

Burkina Faso

6/6

100

5/22

22,72

Togo

6/6

100

5/22

22,72

Mali

5/6

80

4/22

18,18

Sénégal

5/6

80

3/22

13,63

Bénin

6/6

100

3/22

13,63

Côte d’Ivoire

5/6

80

2/22

09,09

 

Les résultats que voici sont en parfaite inadéquation avec le discours officiel du Président Houphouët Boigny. Mais ce n’est qu’un échantillon des insuccès de la Côte d’Ivoire dans le domaine des arts et des lettres . En outre, s’il fallait attendre le livre pour transmettre aux générations montantes nos valeurs et civilisations, où en serions-nous puisque même les manuels scolaires qui sont obligatoires, n’apparaissent dans leurs utilisations que comme des supports qui rappellent l’école et ses contraintes. Ils sont, par conséquent, perçus comme des outils de travail et non comme des objets de loisirs et de détente capables de susciter le plaisir de lire en dehors de la classe.

Il s’impose donc à nous une relecture de notre politique culturelle et de notre politique de promotion du livre qui, aujourd’hui doit nécessairement passer par des Résidences d’écriture et des Ateliers de lecture publique. Mais qu’y peut-on si le livre dort dans les tiroirs des éditeurs et si pour corriger cette léthargie prolifèrent les éditions à compte d’auteur, donc forcément des productions approximatives si tant est que produire un livre englobe un ensemble de métiers dits les métiers du livre?

Peut-on parler de l’art, de la culture et de la civilisation lorsque l’on n’existe pas ou lorsque l’on ne produit pas ses propres moyens d’existence ? Ou encore lorsque l’on subit passivement une existence subordonnée à une autre par le fait de l’histoire ? Ou enfin lorsque l’on n’est qu’en tant que Non-être ? Et nous voilà au cœur d’une Afrique étranglée qui, obstinément refuse de croire en ses propres valeurs et richesses, une Afrique qui, par orgueil et par amour propre, doit, à présent, refuser d’être cette Afrique dépeinte par René Dumont et Marie France Mottin en ces termes :

«L’Afrique pauvre, celle des campagnes et des bidonvilles, souffre, depuis vingt ans «d’indépendance », de malnutrition accrue, d’un chômage toujours plus virulent. Certes les écoles et les dispensaires se sont multipliés, mais l’éducation reste fondamentalement inadaptée aux besoins réels des pays, à ce stade de leur développement. La médecine préventive et traditionnelle pour les masses rurales pauvres reste négligée, au profit de la médecine curative sophistiquée, pratiquement réservée aux villes, et surtout aux riches, à ceux qui peuvent payer » (L’Afrique étranglée, p.48)

Le malheur est qu’auparavant il y ait eu une Afrique pauvre (l’Afrique rurale) mais le désastre aujourd’hui est que l’Afrique dite riche (l’Afrique urbaine) ait été rattrapée par l’Afrique pauvre. Et nous disons que le mode de gouvernance, porteur de tous les secteurs d’activité, est lui-même inadapté. Et s’il nous faut des livres - et il nous en faut – pour nous instruire et forger la pensée de nos enfants, écrivons des livres qui nous disent … des livres qui disent les profondeurs de l’Afrique. Et si pour nous dire, il nous faut briser les lourdes chaînes éditoriales, brisons-les en toute conscience et assumons - nous car nous disposons encore de matières premières. Et si en utilisant ces matières premières il nous faut, comme aux premières heures de l’imprimerie, nous défaire des éditions de luxe pour préférer les éditions utiles et accessibles à moindre coût au plus grand nombre possible, engageons-nous à le faire pour que nous cessions, notamment dans l’univers des livres scolaires, d’être des prête-noms. Il ne faut pour ce faire qu’une seule volonté : cultiver la dignité et l’élégance et pratiquer la théorie du Sankofa, c’est-à-dire nous imprégner de nos valeurs, nous inspirer des découvertes d’ailleurs, refuser de tendre la main et travailler de nuit comme de jour pour déterrer les richesses cachées en nous. Car c’est à nous qu’il revient de créer pour nous-mêmes et pour les générations montantes et futures, une Afrique qui fleurisse de mille livres verdoyants. C’est à ce prix, et sans doute uniquement à ce prix, que notre discours pétri de celui des royautés et chefferies coutumières et nourri de celui de nos devins (spiritualité) saura atteindre le niveau le plus élevé de la supra-communication.

 

(1) AMOA U. : Etude sur le ‘‘développement et la promotion de la littérature pour enfants, Togo, BRAO-ACCT, Décembre 1990

 
 

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